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Tu penses à quoi ?

Tu penses à quoi ?
Je pense à notre fourmilière qui vient de se faire rouler dessus par un tracteur… Il fait tout noir.
Je pense aux fourmis désemparées, les unes dans l’inaction, les autres dans la tourmente pour lutter.
Je pense à nos pensées, à nos espoirs inquiétés, à nos rêves entre parenthèse, à nos métiers qui vont crever, à ceux qui imaginent de l’inouï.
Je pense à la vacuité, à nos individualités, nos petites personnes si importantes pour elles-mêmes, si insignifiantes pour les milliards d’être humains.
Je pense au miracle de chaque vie, à nos destins, à ceux qui attendent de nous, aux fils fragiles et forts de l’amour qui nous unit.
Je pense à ces agacements, ces haines, ces antipathies qui aussi nous lient à ce qui nous parle, nous heurte, nous démonte le cerveau.
Je pense à mon déjeuner, j’ai faim, j’ai toujours faim, je mange par désœuvrement, je mange par plaisir, je mange par délectation.
Je pense à préparer un bon repas, à donner du plaisir dans un bon moment. A un plaisir gustatif, à faire ensemble un plat, un gâteau, à improviser ou découvrir une recette.
Je pense à l’espace, celui que l’on a, celui dont on manque, à cette randonnée en vélo que je fais dans ma tête, à ces bivouacs imaginaires en pleine forêt, à cette plage infinie que je ne vois pas/plus/encore, mais que j’imagine.
Je pense à toi mon enfant, mon enfant d’amour, mes enfants d’amour, qui vivent et rient et polémiquent, trop loin, détachés, qui savourent la vie et marchent et vont et viennent et se heurtent parfois. Papa est là. Tu as peur ? Tu as mal ? Mes enfants, même adultes, mes enfants pour la vie qui comptent sur moi comme nous nous aimons.
Je pense aux jours, aux nuits, au temps, aux joies, aux peines, aux vôtres, aux nôtres.
Je pense à écouter, à compatir.
Je pense à remercier.

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Comme si nous devions mourir demain #Covid19

Chante, la vie chante…

Tu te prends pour Michel FUGAIN du Big Bazar ?

Tu vas nous chanter quoi ? Seul comme un con dans ton confinement ?
Avec tes co-confinés qui n’ont pas envie peut-être de t’entendre (au bout de 2 jours ça va, essaye le balcon, à l’italliennnnne) parce que la vie en commun c’est pas la mélodie du bonheur tous les matins.
Chante la vie ? Mais on risque tous de crever, tu as compris ? Des centaines de milliers de morts, la courbe est jolie mais quand tu commences à connaître des macchabées c’est moins fun tout de suite.

Et le Macchab, c’est toi ?

What if?
Suis-je (qui est) prêt à mourir ?

La question comme une disserte de seconde ou comme un film à l'envers, 21 grammes, quelques secondes pour revoir ta vie et dire Adieu ? C'est comment de mourir ? La communion des saints ? Le Nirvana en apothéose ? Tu va manquer quoi ? qui ? Tu coupes quoi au montage de cette séquence ultime ?

En vrai je n’y connais rien en mort qui tue.

J’ai vu grand-père crever d’étouffement.

Vieux, pas tant que ça. A bout de souffle, ex-tubar intubé, ex fumeur, 2 poumons sur 5. Pas soulagé du tout par la médecine. Dans sa peur, les yeux de bête traqué par l’inéluctable. Moment de vérité incroyable : la personne en face de moi est en train de partir et il flippe, mon Dieu pourquoi ?
Le Bon Dieu de Mémée n’était pas là. Silence radio. La communion des saints ? Un bide !
Pas de compassion. De la douleur. De la peur. Ma rétine marquée au fer rouge. Inoubliable. Evidemment que je ne veux pas la même chose. Ai-je le choix ?

J’ai vu ce quarantenaire qui voulait faire un chrono

Il était banquier ou burelier (zézette épouse X pleurait silencieusement sur le bord de la piste). J’avais 15 ans. On faisait une compète de ski de fond. Y a un truc qui a lâché. Il était allongé, mort, les bâtons plantés, les gants sur les poignées, tout impeccable. On nous a fait signe de continuer la course.

Bonjour les trompettes (de la mort). C’était léger. Bien plus que le soir à la cantoche des skieurs… Vacuité. Un rien. Je croyais que c’était comme dans les films, une tragédie globale qui prend tout l’écran. Que dalle. Emballé c’est pesé.

Je n’y connais rien mais je veux choisir

Connard (me dis-je). Tu as le choix de quoi ? Pauvre vermisseau. Bosse ton humilité…

Entrée à Parisot, son lac, son cimetière…

Le choix du , du quoi, du comment ?
Le quand c’est baisé (!).

Je veux être enterré où ? A Villefranche de Rouergue ? Pas loin, le joli cimetière avec ce cyprès ?
Pas incinéré en tous cas : né catho, éloigné du clocher, je trouve canon la résurrection de la chair. Y a pas meilleure offre religieuse, imagine. Ton corps recyclé, de la bombe bébé. Mon corps de pêcheur, jouissance !

Mourir comment ?

Discrètement. Tranquillement.

Disons qu’il y a quelques années, j’ai décidé de faire la paix. Suite à un coup de trop, à des désalignements dont je souffrais dans ma chair : le dos, le reste, coincés. De ne pas livrer de combats inutiles. Pour faire simple, mourir en paix. Dans la paix de mon âme. En ayant accepté ma finitude.

[– Ha ouais ? alors Hervé tu prétends avoir réglé ton petit côté belliqueux et dominateur ? Ta facilité à t’agacer et à couper les cheveux en quatre ? A céder à la facilité parfois ? Ou à résister pour rien ? Tes travers Hervé, ils sont partis ?
Que nenni ! cher ami/voix de ma conscience. Disons que c’est un peu comme ma mauvaise haleine. C’est jamais réglé mais une bonne hygiène, un lavage de dents régulier et c’est plus supportable, tu vois ?]

Bon, cette paix n’est jamais acquise pour de bon

Mais elle a (eu) un prix : lâcher des trucs un peu lourds, en sécuriser d’autres (mes enfants chéris, que j’aime et que j’imagine se débrouiller très bien dans la vie sans moi ou leur maman), accepter l’incertitude, comprendre la distraction (qui n’est rien d’autre que détourner notre attention de l’inéluctable vide et de notre destination ultime).

So what? Mourir demain ?

J’ai encore quelques papiers de sécu à faire, un bridge pas fini de poser, une déclaration URSSAF, des bisous à faire à un tas de gens, un vélo de mes rêves pas essayé, un A/R Compostelle pas commencé, un bouquin à terminer comme quelques toiles à finir.

Heaven can wait… la paperasse me survivra, les bisous resteront inachevés. Too bad.

Quoi ? Ici et maintenant ?

Un bilan ? Non. Trop tôt. Je déteste les bilans, les évaluations, les comptes, les mesures. Beurk. Caca.

Un défi ?

Oui c’est ça : un méchant défi. Dé-psychoter, m’écouter, m’aimer, me comprendre un peu mieux pour trouver ma place. L’occuper dans le respect de qui m’entoure. Aligner ma pyramide corps/émotions/pensées. Comme quand je fais du vélo sans les mains (c’est très difficile pour un mec à la moelle épinière abimée). Hop hop hop, tenir mon corps en balance si subtilement que je n’y pense plus.

L’inverse de l’immobilité. Une danse silencieuse. Agitée calme. Se bouger sans se tordre/fouler. Faire un avec la musique du monde. Chanter avec mes semblables au son de ma voix/voie propre. Être audible et juste, ne pas assourdir. Envelopper avec tendresse. Trouver le tempo. Inventer des notes. Ecrire des portées, comme le pneu de mon vélo laisse des arabesques fugaces et légères sur le chemin des calanques. En faisant corps avec les éléments. Les apprivoiser, ne pas lutter.

Tirer ma révérence ? Pas tout de suite.

Chante la vie, chante.
Comme si je devais mourir demain.

Un bon programme pour vivre vivant !