Ne vous lancez pas dans le commerce en ligne par pitié !

url-3Depuis plus de 10 ans je vois différents projets se monter sur le net, de tous styles et ampleurs. Première galerie marchande pour Noël avec Amazon et IBM (en 99 ?), portails pro et moteur de recherche (Caloga, nous étions 1er licencié Google en 2000 en Europe, personne ne connaissait), site de l’éditeur de logiciels EBP, éditeur de logiciel en ligne de e-commerce Oxatis…

J’ai souvent comparé la situation à celle des grands ou petits explorateurs. Placez vous au 15e siècle et repensez à vos cours d’histoire. Les 1ers partis avaient l’appui de la couronne et de son trésor, trouvaient des routes, revenaient #oupas chargés de trésors, à grand peine bien souvent. Mais ils se distinguaient des vagues suivantes plus nombreuses mais moins bien dotées… les forçats, les émigrés involontaires, les obligés.

L’internet n’est pas la ruée vers l’or, il faut encore le répéter. Sans diaboliser ni angéliser, replacer la question dans son contexte réaliste. Malgré des discours éclairés, en discutant avec des porteurs de projets, j’ai souvent bien envie (je me retiens par politesse ou manque de temps) de leur dire :

Ne vous lancez pas dans le e-commerce, par pitié !

Voilà quelques (bonnes j’espère) RAISONS DE NE PAS SE LANCER.

1/ Lancer et placer une boutique en ligne sur orbite coûte cher.

Soyons concrets, impossible de faire créer votre site à moins de 2000€ pour la 1ère année. Et le montant peut-être bien plus élevé évidemment :
Une solution en ligne comme Oxatis, WiziShop ou PowerBoutique vous coutera entre 600€ et 1500€ la 1ère année auxquels il faut ajouter au moins 500€ pour un habillage graphique basique. Pensez aussi à un ordi, un logiciel de gestion. Regardez bien si le statut d’auto-entrepreneur vous convient (80 000€ de CA max pour une activité de négoce, sans récupérer la TVA), envisagez sinon de créer une SARL… Rien de gratuit ou qui permette de se lancer « pour voir ».

Ajoutez un budget de mots-clés, un peu de stock, du matériel…

Vous m’objecterez que se lancer sur eBay est possible. Oui, on peut et c’est parfois la seule solution.. Faire les marchés aussi pour éviter de créer une vraie boutique par exemple, ce qui n’est pas exactement le propos aujourd’hui. Avec moins de capitaux, mener une activité en parallèle est possible et parfait dans certains cas ou en complément, ce qui exigera plus de difficultés, de temps.

*  Etre e-commerçant exige de travailler beaucoup

Quel miracle de la technologie… L’Internet (avec une majuscule, comme à Dieu), le virtuel, le dématérialisé. ET pourquoi pas la télépathie tant qu’on y est ? Travailler dans son canapé, de temps en temps, mais bien sûr ! #ironie
Je rencontre des porteurs de projets qui n’ont pas même idée du temps nécessaire pour exécuter ces actions élémentaires quotidiennes du marchand du web, par exemple :
- Créer UNE fiche produit (photo, écrire le txte, mettre en ligne, faire plaisir à Google)
- Préparer UNE commande (commander au fournisseurs, stocker, emballer, étiqueter,  affranchir, déposer à la Poste, etc.)
- Mettre en place UNE campagne de mots-clés

Ces porteurs de projets, parfois cadres d’entreprise, méconnaissent le niveau incessant d’activité des commerçants en ligne débutants ou plus avancés. Ils ignorent la place (physique !) que peut prendre leur activité.

Evidemment, il existe un grand plaisir à exercer ce métier et la possibilité de choisir son lieu de vie comme la modularité horaire offerte sont toujours trés pratiques. Mais enfin, dépassons l’image d’Epinal de la Mompreneur maman parfaite commerçante à succés ou du jeune commerçant dilettante de 25 ans. La maman du web travaille souvent bien plus d’une employée lambda pour un revenu inférieur, quant au marchand vacancier… envoyez-le moi pour interview ;-)

* Il n’est pas nécessaire d’avoir une idée

Dans le top des illusions, avoir l’idée géniale est au firmament des mirages dangereux.

Franchement, cela doit vous inquiéter et votre entourage doit vous alerter si vous avez l’impression d’avoir trouvé le truc incroyable dont personne n’a eu l’idée avant. Pensez toujours :

- Que si une idée est réalisable, c’est d’abord par vous si vous en avez envisagé tous les aspects

- Que si vous gardez votre idée secrète vous ne bénéficierez pas des critiques constructives de votre entourage

- Que sûrement quelqu’un a eu la même mais ne le fera pas pour mille raisons

- Que si quelqu’un a la même et se lance, il y a une chance sur un milliard que le résultat soit le même

- Que la majorité des entreprises qui réussissent ne sont pas basées sur une idée géniale

- Que démarrer en premier sur un marché revient souvent à défricher au bénéfice d’un second ou d’un challenger qui apprend de vos erreurs

Alors on se détend, on ne compte pas sur une idée géniale pour se lancer : je peux vous citer des dizaines d’exemples d’entrepreneurs qui ont simplement fait pareil, mais mieux…

 * La qualité de la réalisation importe plus que tout

En effet, plus que l’idée c’est la manière d’exécuter votre plan qui va faire la différence. Parfois la rigueur dans la réalisation (Location de voitures UCAR), parfois l’approche des clients (Michel et Augustin), la rupture dans l’offre produit (Starbucks), etc.
Il ne s’agit pas seulement d’avoir une idée mais aussi de talent professionnel, pas forcément en termes de commerce en ligne, mais de posséder un métier. Cela peut-être de fabriquer de beaux produits,de savoir parler à une clientèle spécifique, de maîtriser les « tricks of the trade » d’une profession (expertise, négoce), etc. Vous pourrez toujours compléter en fonction de vos manques mais il faut vous appuyer sur une connaissance métier forte et une réalisation sérieuse autour.

* Il vous faut trés bien connaitre vos produits ou vos clients ou bien encore mieux, les 2

« Je monterai bien une boutique en ligne, qu’est-ce qui marche bien en ce moment ? » A cette question, je réponds avec le sourire, en essayant de détecter sur quelles compétences un projet est envisageables. « Quels produits connaissez-vous ? »   »Heu… » Je creuse : »A quels clientèle vous adresseriez-vous ? » « Bah, je verrai… » Les éléments de catastrophes sont réunis et HEUREUSEMENT que ce type de futur ex e-commerçant n’a en général pas de budget d’investissement….

Le e-commerce est un métier d’intermédiaire entre une offre (les produits ou services avec leur caractéristiques, leurs prix, leur disponibilité…) par rapport à un marché (si on prend en compte les concurrents) vers ses clients (leurs attentes et moyens). Il vous faut donc nécessairement maîtriser (ou apprendre à maîtriser) tout ou grande partie de ces variables pour devenir un acteur de valeur.

* La concurrence est forte

C’est cette information que masque habituellement l’idée géniale qui fait croire au Père Noël du e-commerce. La concurrence est là, elle est partout, elle est souvent invisible.

La concurrence directe est difficile à évaluer en termes d’importance mais qu’importe, elle traduit l’existence de votre marché et son existence est souvent ou bonne nouvelle. Prendre une position de challenger est parfois plus jouable et profitable que de créer ou éduquer un marché

Mais la concurrence indirecte est souvent sous évaluée. Je vous donne quelques exemples :

- Concurrence indirecte liée au canal de distribution. Votre client aura-t-il envie d’acheter sur le net ? (sans essayer le produit par exemple)

- Concurrence indirecte liée à l’existence de produits de substitution. Quelle force aurez-vous pour être visible et faire évoluer les usages ?

Le commerce sur internet permet néanmoins de se démarquer et de jouer sur la « Longue traîne« . Prenez ceci en compte pour en faire un atout : la distribution de produits rares, personnalisés, de niches est possible et rentable si elle est gérée avec finesse et économie. Internet permet de connaitre précisément les besoins des clients et de les satisfaire.

* Vous serez trés seul

Comme tout chef d’entreprise, vous allez devoir compter sur vous-même. Mais les conditions d’exercice du commerce en ligne sont plus « isolantes » que dans de nombreuses activités : bureau-maison, échanges à distance, horaires décalés, etc.

C’est noté ? Alors pensez à utiliser les réseaux sociaux, votre blog, vos relations, à vous installer prés de chez un fournisseur pour garder un tissu relationnel dense et porteur.

* Il va falloir être trés agile

L’agilité c’est la combinaison de la souplesse et de la vitesse. Pourquoi être agile ?

Pour s’adapter aux changements de goûts de vos clients et en faire des opportunités. En adaptant vos gammes de produits par extension ou réduction…

Pour profiter des nouveautés des acteurs du marché. Stock délégué chez Amazon, distribution sur les places de marché, logistique avec SoColissimo, paiements nouvelle vague, mobilité…

Il faut peut-être changer de mentalité si vous vous lancez en changeant de métier. C’est une source de stress grave de manquer sans cesse de repères. Il faut être jeune #oupas, adaptable et ce n’est pas donné à tout le monde.

Se former, s’informer, veiller, échanger avec les pros est une clé de succés. Autant pour détecter des opportunités que pour garder le cap avec des courants latéraux.

 

Peut-être n’ai-je pas réussi à vous dégoûter de vous embarquer dans l’aventure. J’ai tenté de vous prévenir, si vous quittez la terre ferme pour cette odyssée ce sera en connaissance de cause. Tout n’est pas aussi noir et chacun peut faire des inconvénients des opportunités, jouer d’atouts inédits, faire preuve de talents.

Dans ce cas, bon vent. Mais si vous n’êtes pas assez inconscient ou si ce qui que j’ai évoqué plus haut vous inquiète, alors…

Ne vous lancez pas dans le commerce en ligne par pitié !

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Valvert

Consultant marketing et eCommerce at Ommerce by @Valvert
Hervé Bourdon, créateur de #SHAKE / Ommerce SAS.
Agitateur e-commerce : création et optimisation de sites de commerce, Pdt eComProvence et EnCrauPrendre.
Blog www.valvert.net.
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