J’ai le soleil pleine face, quasi. Plaisir, glissage, chute. Il est midi moins pas grand chose, ce sont mes dernières secondes de type “valide“.
Goût du sang dans la bouche, je ne viens pas de revoir ma vie en film mais la dernière demie seconde m’a paru une éternité. “O temps, suspend ton vol et vous, heures propices suspendez votre cours“.
Très longue seconde, très dense et clair moment, très “je ne vois plus que ce qui est ou a été important dans ma vie, visages, moments, lieux aussi (Argh, Le Moulleau)“. Le dernier souffle ? La communion des Saints ? Ca doit ressembler à ça mais en moins “je te donne une seconde chance“. Pas de petite boite en bois, un brancard d’hélitreuillage…
Attends, pas tout de suite, le Passage ne vas pas être fado. Les mots coulent mais l’instant était visqueux, lent. Vous êtes là les copains ? Non ?
Mais arrivez bordel ! Je suis au fond de ce trou… je suis scotché à ce mur de neige compacte, on est aux Contamines-Montjoie, j’ai 20 piges et je ne veux pas y rester.
Ce n’est pas en déboitant de la voiture 7 du train de nuit à Sallanches que j’aurai pu deviner que j’avais RDV avec mon destin 4 heures plus tard. Le Père éternel, il t’envoies un bristol avant que ça claque ? Bien sûr, bien-sûr, et la marmotte, elle replie le papier d’alu !
Kiki, JCC et 2 Charlots au moins m’attendaient sur le parking, pas réveillés, pas petit-déjeunés, passer aux Darbloz avant de louer du matos, pose ton sac, il n’est que 7 ou 8 h, on repart. Oups, j’ai le neurone flappy et l’estomac pas d’aplomb !
A l’époque, les surfeurs tu les comptes sur les doigts d’un gant. Les pisteurs te jettent des pierres, limite, surtout si tu leur fait une baignoire en te vautrant au départ du tire-cul. Avec la pelle, avant de boucher le trou, on les sent prêts à aplatir la face du dangereux rebelle. Côté matos, c’est encore du bricolage. Etre souple et fort, les grosses cuisses et un peu de souffle, ça aide à passer, surtout les remontées ! Foi de pionnier, rien n’est fait pour que ce soit facile… mais quel pied au bout !
La poudre, le froid, le blanc, ça me change de ma caserne tourangelle. Le sergent bedon (Garcia ?) et ses comas post-prandiaux, le colonel sourdingue, la 4L beige et de mes tournées vaguemestrales “putain il est 7h je saute dans mon falzard en toile émeri”, la volière d’assistantes sociales pour qui je suis “chauffeur auxiliaire”, Maurice et son dentier collé au porto (le chauffeur titulaire, une seule vrai dent et une belle soif), ce pave glauque planté au bout de la caserne, Hervé, vous voulez pas nous faire le café ? Mais oui…
Adieu vieux, vaches, trouffions, le piou-piou Bourdon va se lâcher dans la blanche !
En fait ce matin-là, à part l’état “démoulé trop chaud“, les conditions semblent magnifiques : “on a graannd beaaux“comme on dit si près de G’nève, du soleil, grand froid, neige scintillante, etc.
On enchaine quelques descentes, le temps de trouver ses marques, sans bourrer, en ramant parfois. Le niveau est presque homogène, on a 2 sportifs professionnels avec nous. La niaque arrive, le second souffle. A près de 11h on s’est fait quelques descentes potables maintenant : des traces directes dans la farine, mets toi bien en avant, tu sens la couche flotter sous la pointe de la planche ? schhhhhh, pas loin du grand frisson.
Mais c’est encore un peu court, il en veut encore le soldat Bourdon.
On va remonter les gars ?
On finit celle-là ?
RDV en bas ?
On doit être à 100 m du pied de la “Nant rouge“, c’est moins marrant, fond cuvette, moins de pente. La station du Signal est là-haut, main droite. Derrière nous le col du Joly, devant plus bas, c’est Jonction, 1655, encore 9 et je me la fais sans faux col. Trouver un peu de jus, un peu de fun. Je ne l’aime pas ce boulevard dammé, c’est d’un chiant…
Tiens, je vais passer limite poteaux jaune et noirs. Hum, de la poudre fraîche, le schhhh qui revient sous l’avant de ma semelle. Prendre un peu d’angle, trouver la pente, louvoyer, bonheur, solitude. Ils ont continué tout droit, comme je l’aime mon chemin de traverse !
Sauf que là, le trajet est fini. Je l’ai eue ma baffe. Il voulait du dépaysement le piou-piou ? Il va en avoir pour son forfait : vers l’infini, et au-delà !
L’infini, c’est ce ruisseau gelé qui serpente au fond du thalweg, 2 ou 3 m d’a pic de chaque côté et la plaque de glace compacte au fond.
Elle était belle ma piste buissonnière ! Arrivée pleine balle au-dessus du fossé, quelques gratements de carres, chute ballistique vers le versant opposé, direct au fond.
Je n’ai accompagné le dérapage que quelques secondes, les jambes en Z. Depuis, j’ai déplié complètement mes jambes en sentant le gaz. Ou vais-je ? Pas le temps de réfléchir.
Pas d’amorti, membres inférieurs tendus. A l’oreille : bruit sourd de l’impact, sifflement après. Dans la bouche, le goût du sang, effet poing dans la gueule. Mais je n’ai pas mal. Pas mal encore…
Même pas mal, me sortir de ce tas de neige compacte qui me fais un siège. 80% pour les pieds, 20% pour le corps, je suis comme incrusté dans le mur opposé, il fait beau, j’ai encore chaud. Les copains, venez me donner un coup de main…
On est le 12 mars 1988, il est midi, je viens de comprendre (merci le stage BNS que je viens de faire) que mes jambes sont paralysées… Elle s’appelle L1 et et je ne la connais pas encore.
Je vous raconte la suite ?
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6 Comments
fan de vtt devant l’éternel, genre 16 ans, descente de vtt… 1ere bosse.. fastoche.. 2eme bosse.. fastoche le saut.. heyy.. mais pkoi ma roue avant a décidé de se barrer sans le reste du vtt? comment ca la fourche va se planter misérablement? ah ben oui, elle se plante la sal***
ahh.. tiens.. vince fait un magnifique soleil.. Oulà.. On a l’impression que c ces dents qui vont servir d’amortisseurs.. ah oui, c bien ca, c ces dents qui ont touché le beton en 1er… ahh.. il se releve pas.. comment ca? on me signale dans l’oreille droite qu’il en se souvient nullement du choc, il est passé d’un souvenir en haut de la colline a quasi une heure plus tard, dans une ambulance,un pompier au dessus de lui en train d’éponger tt le sang perdu…
au final, juste perdu qqe dents, des points de sutures, mais ni le cerveau ni les yeux n’ont souffert outre mesure… mais je comprends ce moment du “je c ce qu’il sait passé” qd je me suis réveillé, un pompier me regardant.. je savais.. meme si effectivement, c qd meme moins grave que pr toi valvert..
je passe outre le fait que là aussi, le changement brutal dans la vie avec ma maladie, meme si c moins “dans la seconde”.. je connais….
mais oui, raconte voir dc la suite, depuis le temps qu’on doit en parler sur skype ^^